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Ein neues Exil (Un nouvel exil) - Wilhelmine Schlacht

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Wilhelmine Schlacht
Ex-capitaine de la Garde Royale - Mage 2e ordre
Age du personnage : 30 ans
Race : HUMAIN
Pouvoirs : Leichtigkeit (Aisance) - Régénération
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Lun 21 Mai - 2:40
Quelques semaines précédant les évènements du putsch contre le Palais d’Opale…

Je marchais dans les rues du Cercle de Targatt en tenue civile avec ces petits motifs et ces petits accessoires typiques des provinces germaniques. Ma mère n’aimait pas que je cherche à effacer définitivement ces marques de mes origines. Après tout, comme elle s’amusait à le croire, c’était bien grâce à la rigueur et la dévotion que l’on reconnaît aux germaniques que j’avais réussi à arriver aussi haut dans la hiérarchie de Targatt.

J’aimerai tant la croire. Mais les étrangers restent des personnes que l’on regarde toujours à deux reprises quand bien même ils puissent jouir d’une place très haute dans la société et qu’ils aient acquis grâce à la sueur versé la confiance de l’Etat. J’en avais encore la preuve alors que je marchais assez vite dans les rues du Cercle. Peut-être que ces regards étaient dû à la propreté de mes vêtements et les quelques traces de richesses qu’ils arboraient. Cependant, par habitude certainement, je m’affirmais que ces regards m’étaient lancés qu’en raison de ces traces d’un germanisme. J’avais beau être Capitaine de la Garde Royale et avoir vécu presque la moitié de ma vie à Targatt, je n’arrivais pas à m’habituer à ces regards, ces messes basses, ces doigts qui se pointent. Ce qui était pire, c’étaient que depuis quelques semaines les dires à l’égard des citoyens d’origines étrangères et les incivilités n’avaient cessé d’augmenter avec la tension croissante dans la ville. Après tout, ils faisaient de parfaits boucs émissaires.

J’avais vraiment envie de me soustraire à cette atmosphère désagréable le plus vite possible même si c’était celle-ci qui m’avait poussé à venir dans le Cercle. Parce que mes deux parents, Franz et Judith Schlacht, avaient refusé mon aide pour leur permettre de loger dans le quartier de Vodrel et préféraient continuer à officier comme apothicaires dans la partie ouest du Cercle, dans la même maison qu’ils avaient acheté quand nous étions arrivés à Targatt. Depuis seize ans mon père et ma mère n’avaient cessé de la réparer, de l’embellir et de lui donner l’aspect qu’elle a aujourd’hui avec ses colombages, sa devanture, son rez-de-chaussée servant de boutique et son étage qui nous servait de lieu de vie. Revoir l’enseigne gravée dans un large morceau de chêne « Apothicaire – Franz und Judith Schlacht » me fit esquisser un sourire. Depuis plus de dix ans cette pièce de bois n’avait jamais changé comme l’inscription dessus et en dépit de mon insistance pour que mon père change le « und » en « et » afin de mieux s’intégrer dans la vie de la cité, mon père de sa grosse voix s’était refusé à le faire : « c’est pas un und qui va nous tuer ». Il y a quelques mois j’étais encore d’accord avec lui. Aujourd’hui, je l’étais beaucoup moins.

Comme d’habitude à l’heure du déjeuner, la porte de la boutique était fermée. Mes parents commençant à vieillir, ils aimaient bien profiter de l’heure du déjeuner pour prendre une pause au lieu d’avoir le nez dans les vapeurs de potions et autre médicaments pour répondre au besoin urgents de quelques malades. Fort heureusement malgré les années et les changements récurrents de serrures, mon père n’ayant pas confiance en la qualité de celles-ci et préférant changer souvent afin d’éviter les vols malgré les précautions prises par ma mère, j’avais encore la bonne clef et celle-ci tourna sans mal dans la grosse serrure. Presque consécutivement à mon entrée dans le rez-de-chaussée, j’entendais des pas pressés et lourds venant de l’étage et se précipitant vers l’escalier. Une telle précipitation que mon père, armé d’un tisonnier encore chauffé à blanc par le feu dans lequel il se trouvait, arriva à quelques mètres de moi complétement essoufflé et certainement du fait de sa précipitation et aussi de son dernier verre de vin, sa grosse moustache grisonnante en étant rougie, ne me reconnut pas tout de suite.    

« Ô par tous les diables sales voleurs je vais te faire re- Wilhelmine ? Oh c’est toi mein Tochter ! Judith ! C’est Wilhelmine ! »

« Wilhelmine ? J’arrive !!! »

Tandis que mon père déposait le tisonnier avec lequel il voulait s’attaquer à l’intrus que j’étais, j’entendais les pas plus léger de ma mère. Si déjà les pas étaient différents, je vous laisse imaginer la différence de taille entre les deux. Mon père culminait à un mètre quatre-vingt-dix alors que ma mère trônait à un mètre soixante. Et moi je me trouvais entre les deux avec mes un mètre quatre-vingt. Mais ça suffisait largement pour que mon père me prenne entre ses bras et que j’ai l’impression d’être entre les pattes d’un gros ours tout doux. Avec tout ce qui se passait, je me sentais comme en sécurité entre ses bras. C’était absurde comme idée car mon père commençait à être vieux et même si plus jeune il n’hésitait pas à s’entraîner avec moi, aujourd’hui il serait incapable de se battre comme il le faisait dans les provinces germaniques. Mais on ne sent jamais plus en sécurité que parmi ceux qui nous aime le plus. L’apport dans ce câlin familial de ma mère ne fit que me rassurer davantage. J’essayais de venir le plus possible les voir. Toutefois les voir et pouvoir partager ce court moment d’intimité avec eux me faisait plaisir alors que venait d’être transmis le plan le plus audacieux et le plus dangereux pour ma carrière.

« Alors ? Qu’est ce qui t’amène ici ma grande ? »

« Je voulais vous voir… enfin surtout vous parler… »

Mon père me regarda dans les yeux quand je dis cela. Il avait l’œil pour se rendre compte que quelque chose n’allait pas chez moi et surtout depuis ces derniers mois.

« Ca risque d’arriver hein ? »

A sa question je ne fis que baisser mon visage pour le réfugier contre sa poitrine. C’était tellement dur de devoir leur parler de ça. Pourtant je ne pouvais pas prendre le risque qu’ils soient visés par mes ennemis pour me déstabiliser ou bien que la folie des foules les emporte.

Mon père me serra contre lui avant de me laisser dans les bras de ma mère et prendre la direction de l’arrière-boutique où j’entendis la lourde porte de la cave s’ouvrir. Ma mère quant à elle me prit la main et m’amena à l’étage. Dès que j’y mis un pied j’eu la confirmation que je les dérangeai en plein déjeuner et machinalement, ma mère sortit une troisième assiette avec les couvert qui allait avec. Je n’avais pas vraiment faim et voir mon père comprendre aussi vite la raison de ma venue m’avait davantage coupé l’appétit.

« Allons Wil’ ne fait pas cette tête et assied toi. Tu sais, ton père et moi on connaît très bien ce genre de regard parce que c’est à peu près le même qui nous prévenu qu’il fallait qu’on parte de notre chez en Germanie. »

« Peut-être… mais si nous sommes venus ici ce n’est pas pour de nouveau reprendre la route Mutti ! »

« Wilhelmine Schlacht ! Depuis quand tu oses lever la voix contre moi ? »

Je baissais les yeux en m’asseyant, le regard soudainement sévère de ma mère rivé sur moi. Malgré mes trente ans ma mère et mon père n’avaient jamais changé les règles de la maison et même si la situation actuelle n’était pas réjouissante, même si j’avais bien des raisons de continuer à vouloir me mettre à leur niveau, je n’essayais pas. Moi, la Capitaine de la Garde de Targatt qui avait déjà fait preuve d’insubordination à l’égard de Sa Majesté la Régente Astoria je n’osais même pas répondre à ma mère. Que voulez-vous, on ne refait pas une éducation.

« Désolée Mutti… Je suis juste tellement désolée de vous apporter une mauvaise nouvelle… »

« Ô tu sais pas grande, il vaut mieux que ce soit toi plutôt que je ne sais quel furieux voulant notre peau. Au moins on a le temps de préparer nos affaires ! Judith prend moi ça veux-tu ? »

Remontant de la cave et arrivant à l’étage, mon père tenait entre ses bras plusieurs coffres poussiéreux que je n’avais pas vu depuis plusieurs années. La dernière fois que je les avais touchées, c’était il y a dix ans quand ma mère et moi les avions définitivement, du moins nous le pensions à l’époque, rangés dans la cave fraîchement terminée. Ma mère attrapa la plus petite malle sur le dessus de la pile et la posa dans un coin alors que mon père déposait sur le plancher les coffres qu’il portait.

« Bon, je pense qu’on peut facilement embarquer tout ce dont on a besoin dans tout ça. Même si je pense qu’on peut acheter une malle en plus pour les affaires de Wil’ »

« Ne vous encombrez pas avec mes affaires… Si quelque chose se passe je partirai du Palais et ce serait bête de vous encombrez inutilement... »

« Inutilement ? Et tu comptes t’habiller avec quoi si vous ne réussissez pas à retenir votre ennemi et que tu dois fuir ? Tu comptes te balader dans Targatt et sa périphérie avec ton uniforme ? Je te pensais plus intelligente ma fille. »

Lança ma mère en me servant des légumes rôtis.

« Encore faut-il que je m’en sorte du Palais… »

« Tu as sacrément intérêt d’en sortir ! On a pas parcouru pendant un an la moitié du continent pour te garder en vie juste pour que tu meurs au service d’une Dame qui n’est pas fichue de garder sa cité sous contrôle. »

« Vatti, c’est mon devoir en tant que Capitaine de la Garde… Si ça tourne mal je dois partir en dernière. »

« Première dernière, là n’est pas la question jeune fille ! Tu en sors vivante et entière c’est tout ! Pas question qu’on doive préparer un bûcher funéraire pour notre fille. À ça non ! »

Mon père claqua violemment son verre de vin sur la table en disant cela. Dès mon entrée dans la Garde Royale, le fait que je perde la vie était leur plus grande peur et les quelques fois où je revenais à la maison avec des bandages ou des vestiges de combats un peu violents ne les rassuraient jamais. Maintenant que le risque était maximal, tous deux étaient fermes et avaient bien l’intention d’entendre de ma bouche que je ferai tout mon possible pour essayer de préserver ma vie. Et pour la première fois de ma vie j’allais devoir mentir à mes parents. Ou du moins, marchander avec eux sachant qu’il  avait une forte probabilité que je ne remplisse pas ma part du contrat.

« Je ferai de mon mieux… »

« A la bonne heure ! »

« Mais à ce moment-là il faut que vous m’aidiez… »

Mon père et ma mère me regardèrent avec un air surpris. C’était bien la première fois que je marchandais avec eux et surtout, que j’avais besoin d’eux dans une affaire concernant la Garde Royale. Après un court entre eux, ils me firent ensemble un signe approbateur montrant qu’ils étaient près à m’aider si cela pouvait assurer ma survie. Ce dernier point, ils l’avaient ajouter pensant que c’était la contrepartie logique. Cependant je ne pouvais rien leur assurer.

« J’ai besoin que vous ne quittiez pas vraiment le territoire extérieur de Targatt. En fait, j’ai besoin que vous soyez ma porte de sortie… »

« J’aurai du me douter qu’elle n’était pas venue simplement nous prévenir… »

« Judith, pour une fois qu’elle a besoin de nous laisse la parler… Qu’est que tu veux qu’on fasse exactement ? »

Je regardais mes parents dans les yeux avant d’enchaîner. Ils n’étaient pas au courant des plans de la Garde. Naturellement pour des raisons de sécurité. Mais ils en faisaient contre leur gré parti.

« Un jour, je ne sais pas quand, notre ennemi s’en prendra à la Régente. Ce jour-là il est possible que nous ne parvenions pas à nous y opposer et alors, nous devrons évacuer la Régente de la cité pour la mettre en lieu sûr. C’est là que vous intervenez. Il existe dans la vallée d’Helmancourt une vielle ferme abandonnée depuis peu le long d’un interfluve. Je pense que si vous vous y rendez très rapidement, personne ne soupçonnera un changement de propriétaire. Là, comme elle est assez loin de Targatt, vous devriez être en sécurité et donc la Régente aussi. Toutefois, cette ferme est officiellement encore occupée… »

« Tu voudrais que l’on prépare le lieu pour accueillir la Régente ? La Régente elle-même ?! »

« Moins fort Mutti ! Mais oui ce serait ça l’objectif. Aussi, dans le cas d’une évacuation, personne ne saura où aller. Je dis bien personne si c’est n’est qu’ils doivent se rendre au guet. Plus exactement celui à mi-distance entre Targatt et votre nouveau chez-vous… »

« Et si je ne m’avance pas trop tu voudras que l’un d’entre nous serve de guide à la Régente pour l’amener en lieu sûr ? »

« Toujours aussi perspicace Vatti. »

« Eh ! Merci bien ! »

Ma mère était un peu pensive avant de se pencher vers moi pour me poser une question.

« Et comment saurons-nous que nous devrons aller au guet et vous guider la Régente ET TOI ? »

L’insistance à peine voilée marquait bien qu’il s’agissait d’un marché. La culpabilité de ne pas avoir la certitude de le remplir commençait légèrement à naître en moi en l’entendant.

« Quand le phare s’allumera, je pense que vous comprendrez tous les deux. Bon, maintenant mangeons et faisons vos affaires ! »

« Et les tiennes Wilhelmine… »

Ma mère encore une fois renchérissait. Cela ma déplaisait qu’elle s’attende à ce point à ce que je respecte notre « marché ». Pourtant, voyant que mon père allait dans son sens, j’étais forcée de devoir faire avec.

Mon plan avait maintenant un article de plus dans les conditions de succès. Un article fantôme qui était tout aussi important que les autres :


Article 33

L’Opération Sichern ne sera un succès que si à l’arrivée au point F, la Capitaine de la Garde peut embrasser ses parents.
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